Avons-nous toujours une part de naturel en nous ?

Dans cet article, j’étudie quelques aspects de cette vaste question, dans l’espoir d’initier une réflexion sur notre nature humain.

C’est une dichotomie classique, apprise très jeune, que l’on cherche en permanence à expliciter et éprouver, pour mieux la comprendre, celle qui oppose nos instincts à notre raison : la fameuse dichotomie entre le naturel et le culturel, l’inné et l’acquis. 

Le narratif servi d’abord aux enfants, puis aux adolescents, et qui se grave dans la tête des adultes, est que nous nous sommes extraits du règne animal il y a des centaines de milliers d’années, et sommes depuis des êtres à part. Cela implique, selon beaucoup de théories, une émancipation de nos instincts, des plus primaires aux plus évolués. 

Cette conviction profonde partagée par de nombreux penseurs, et qui a infusé dans la civilisation occidentale, mais pas que, au cours des millénaires, présente l’avantage considérable de nous faire sentir exceptionnels, et surtout, en parfait contrôle de nos corps et de nos esprits. En somme, elle nous permet de nous bercer de l’illusion que nous contrôlons parfaitement nos vies, et au-delà, notre environnement.

« En somme, elle nous permet de nous bercer de l’illusion de nous contrôlons parfaitement nos vies, et au-delà, notre environnement. »

En effet, nos instincts nous poussent à manger, boire, défendre notre territoire, nous reproduire, créer un foyer et un cocon où héberger notre progéniture, etc. Autant de choses qui nous maintiennent dans une forme de servitude en dictant nos vies. Ainsi, penser que nous nous sommes libérés de nos instincts nous permet de nous imaginer sous une lumière différente, avec un libre-arbitre défiant les frontières de la biologie et de l’évolution. 

Nous nous imaginons comme des êtres culturels, doués d’une raison éducable, malléable, influençable. Nous construisons une morale, sur laquelle nous basons notre existence, et à laquelle nous nous fions aveuglément, afin de nous donner un cap. Nous créons des sociétés complexes, que l’on dote de règles, qui nous permettent de cohabiter sans nous battre. Nous mettons en place une égalité artificielle, pour compenser l’inégalité naturelle de notre monde. Et ainsi, nous pouvons prétendre avoir battu la nature. Nous la dominons, car nous pensons que cela nous rend meilleurs. Le naturel est maudit, infériorisé, déshumanisé, immoral. 

« Nous mettons en place une égalité artificielle, pour compenser l’inégalité naturelle de notre monde. »

Pourtant, pouvons-nous réellement être sûrs que nos instincts ont réellement disparu ? Quelles preuves avons-nous qu’ils n’ont tout simplement pas été, au mieux inhibés, au pire, niés ? 

Après tout, nos hormones, notre cerveau, notre métabolisme et plus simplement nos gènes n’ayant pas évolué, comment évacuer avec certitude la possibilité que nos instincts demeurent toujours en nous ? Comment savoir s’ils ne continuent pas, d’une manière peut-être plus subtile, à nous définir, ou du moins, influencer nos vies ? 

« Pourtant, pouvons-nous réellement être sûrs que nos instincts ont réellement disparu ? »

La question est d’importance, puisqu’elle touche à de nombreux aspects de notre vie, et de sa construction. Lorsque l’on se pose une minute pour y réfléchir, on discerne des aspects biologiques, évolutifs mais aussi philosophiques dans cette question, certains plus terrifiants à étudier que d’autres.

Par exemple, notre morale et le système juridique qui en découlent dépendent entièrement de la notion de libre-arbitre et de domination de nos instincts. Si l’on commet un crime, nous sommes de ce fait considérés, sauf cas exceptionnels, comme responsables de nos actes.  Pourtant, dans certaines situations, il pourrait être défendu que la personne a réagi par ce que l’on définirait comme de l’instinct. De protection, de défense, ou à l’inverse, d’agression. 

« Lorsque l’on se pose une minute pour y réfléchir, on discerne des aspects biologiques, évolutifs mais aussi philosophiques dans cette question, certains plus terrifiants à étudier que d’autres. »

Cette interrogation n’a pas vocation à justifier des crimes qui seraient alors jugés pardonnables si l’instinct était reconnu comme cause de l’action, mais plutôt à tenter de mettre en lumière les mécanismes sous-jacents dans nos vies, pour mieux anticiper leurs effets, et au besoin, les endiguer. Car ce n’est pas en niant nos instincts qu’ils disparaîtront. 

Cependant, si la réalité des instincts se trouve avérée, la suite logique de la réflexion est de s’interroger sur la nécessité de les éradiquer. Car après tout, si certains sont violents, et dans un contexte de civilisation avancés, se révèlent inutiles voire carrément nuisibles, d’autres sont encore aujourd’hui essentiels à notre bien-être. 

« Cependant, si la réalité des instincts se trouve avérée, la suite logique de la réflexion est de s’interroger sur la nécessité de les éradiquer. »

En effet, que dire de la femme marchant seule dans la rue qui pourra sentir la menace d’un homme agressif rodant dans l’ombre avant même de la constater visuellement ? De même, quel avis porter sur la mère qui pressent les cris d’un enfant, ou se précipite pour aider un bambin étranger en détresse, quel qu’il soit, car l’inverse lui est insupportable ? Ou encore, de l’instinct de protection des hommes vis-à-vis de plus faible qu’eux ? Et enfin, que dire du désir sexuel, aussi puissant qu’universel, et qui contrôle le monde ? 

Ces instincts font partie de notre quotidien. Nous les considérons comme des évidences, sans remettre en question leur existence. Et pourtant, nous considérons être au-dessus de tout cela. Et ainsi nous réprimons nos instincts moins reluisants du point de vue de la modernité. 

« Ces instincts font partie de notre quotidien. Nous les considérons comme des évidences, sans remettre en question leur existence. »

Pourtant, à l’heure où nous pensons devoir sauver notre planète, il est plus que jamais temps de se reconnecter à la nature, et cela passe par une reconnexion à nos instincts naturels, ceux qui nous rappellent que nous sommes avant tout des êtres naturels, et qui contiennent les solutions à nos problèmes. 

Au-delà des mathématiques, de la physique et de la biologie, dont les concepts avancés demeurent obscures pour la majorité de l’humanité, nos instincts naturels sont fiables, et compréhensibles par tous. Ils nous permettent d’évoluer dans la nature de manière relativement sécurisée, et de pouvoir y prospérer. 

« Au-delà des mathématiques, de la physique et de la biologie, dont les concepts avancés demeurent obscures pour la majorité de l’humanité, nos instincts naturels sont fiables, et compréhensibles par tous. »

Peut-être est-il donc temps de se reconnecter à nos instincts, pour nous reconnecter à la nature, et alors, potentiellement, vivre en harmonie avec le reste du vivant, de manière réellement intelligente. 

Mais pour cela, la ville avec son béton, son bruit et son confort destructeur, n’est pas notre allié. Alors, dans un monde où les statistiques prévoient que près des deux tiers de la population mondiale vivra en ville d’ici 2050, il est encore temps de renouer avec le sauvage, en retournant à la campagne. 

Et si l’avenir n’était pas dans la voiture électrique, mais plutôt dans un mode de vie plus archaïque ? 

B x

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