Cet article est un plaidoyer pour une remise en question de notre modèle agricole moderne, et un retour à une agriculture durable, riche de sens.
L’alimentation constitue un élément de base de la survie humaine, mais pas seulement. Certes, si nous ne nous nourrissons pas suffisamment, notre santé en pâtira, et nous pourrons même en mourir. Mais chacun sait que notre alimentation est également étroitement liée à nos émotions. Nous avons une relation complexe à la nourriture, transformant sa gestion en un sujet particulièrement complexe.
L’Histoire est jonchée de périodes de famine plus terribles les unes que les autres, qui ont poussé les hommes à des décisions extrêmes visant à éviter l’extinction d’une communauté. La composition ethnique des Etats-Unis à l’aube du XXème siècle n’en est qu’une preuve parmi tant d’autres.
« Mais chacun sait que notre alimentation est également étroitement liée à nos émotions. »
Depuis la nuit des temps, chaque être vivant lutte pour sa survie, au travers notamment d’une quête constante de nourriture. L’humanité ne fait bien sûr pas exception. Le passage progressif d’une vie de chasseurs-cueilleurs à un mode de vie davantage sédentaire, axé sur l’agriculture, est un effort humain en faveur d’une forme – toujours relative – de sécurité alimentaire, et a marqué un tournant dans l’évolution de notre espèce.
L’accès à une alimentation plus riche et plus abondante nous a permis de nous développer et de consacrer une part beaucoup plus importante de notre énergie à d’autres choses que la recherche de nourriture. Cependant, l’alimentation est restée, au cours des siècles, le nerf de la guerre, et peut être source, selon son niveau d’abondance, de grands plaisirs comme de grandes horreurs.
« Depuis la nuit des temps, chaque être vivant lutte pour sa survie, au travers notamment d’une quête constante de nourriture. »
En France, pays de la gastronomie, l’agriculture s’est fortement développée, complexifiée au cours des siècles, et a permis de développer une culture alimentaire riche, diversifiée et saine. Toutefois, les choses se sont compliquées à la fin de la seconde guerre mondiale, lorsque les américains ont imposé un modèle agricole intensif au vieux continent, altérant profondément notre nutrition aussi bien que nos paysages.
Depuis, la qualité nutritive des aliments cultivés et élevés en France n’a cessé de régresser, au profit d’un modèle quantitatif toujours plus exigeant. Nous avons troqué la qualité pour la quantité, sous couvert de nécessité démographique. Pourtant, si l’abondance alimentaire a permis d’éviter de nouvelles famines, et permet à l’immense majorité des français de manger à sa faim chaque jour, nous ne sommes pas en meilleure santé grâce à cette alimentation, bien au contraire.
« Nous avons troqué la qualité pour la quantité, sous couvert de nécessité démographique. »
La diversité de notre bol alimentaire s’est réduite, et les aliments que nous consommons au quotidien ont été vidés de leurs bénéfices nutritifs, ces derniers ayant été remplacés par une bonne dose d’OGM et de produits de synthèse. Monsanto s’est enrichi, pendant que nous dépérissons. Et le pire, c’est que nous ne nous en rendons pas compte.
Mais la tendance n’est pas que française, bien sûr. Il a été mis en évidence que l’alimentation de l’humanité repose en grande majorité sur seulement 12 espèces. Une telle érosion de la diversité de notre alimentation pose question sur bien des tableaux, dont la sécurité alimentaire, et la richesse de notre alimentation.
« Il a été mis en évidence que l’alimentation de l’humanité repose en grande majorité sur seulement 12 espèces. »
Pourtant, ce n’a pas toujours été le cas. Les anciens, eux, savaient. Ils faisaient attention à ce qu’ils mangeaient. C’était une question de bon sens. Ils ne lisaient pas les étiquettes, mais ils savaient reconnaître un aliment transformé, mort, malsain, d’un aliment sain, naturel, et encore plein de vie.
Ils accordaient une grande place à leur alimentation, car la vie était dure, éprouvante, et nécessitait de grands apports caloriques chaque jour. Ils ne comptaient pas leurs calories afin de réduire leurs apports. Ça, c’est l’apanage des sédentaires, de ceux qui mangent trop, et de mauvaise qualité, sans assez se mouvoir. Non, eux connaissaient la valeur d’un morceau de viande, d’une pomme de terre et d’un chou vert. Ils chérissaient la nourriture qu’ils avaient, et la cultivait avec déférence. Ils mangeait moins mais mieux.
« Les anciens, eux, savaient. »
Et en respectant leur nourriture, ils respectaient la vie, les sols, et de manière générale, notre belle planète nourricière. Ils plantaient des haies autour de leurs champs, pour les protéger des intempéries et enrichir les sols, ils fertilisaient leurs cultures avec le fumier des animaux élevés dans le pré voisin, et effectuaient des rotations de culture d’une année à l’autre. Ils pratiquaient une forme d’écologie profonde, ancrée dans le territoire et dans leur quotidien.
Ils ne pouvaient certes pas nourrir toute l’humanité avec leurs récoltes, mais ils nourrissaient dignement et durablement leur communauté. Et pourquoi leur demander autre chose ? Le discours promu ces soixante-dix dernières années aux agriculteurs pour leur faire croire qu’ils sont les sauveurs de l’humanité car ils nourrissent 8 milliards d’individus est malsain. Faux également, bien entendu, car nous produisons désormais plus que de besoin, et que nous produisons tout de même en France avec des normes qui permettent aux agriculteurs de se rémunérer et de produire des produits d’une certaine qualité, pour que ces derniers soient finalement concurrencés par des cultivateurs d’autres pays européens voire extra-européens sur leur propre territoire.
« Ils ne pouvaient certes pas nourrir toute l’humanité avec leurs récoltes, mais ils nourrissaient dignement et durablement leur communauté. »
Mais au-delà d’être faux, c’est avant tout malsain. Car si l’augmentation des rendements agricoles français à grand renfort d’engrais, de pesticides et de machines agricoles a effectivement permis de nourrir un plus grand nombre d’humains, elle a eu des conséquences dramatiques à bien d’autres égards.
Que dire en effet de nos sols lessivés, déstructurés et vidés de toute vie, qui chaque année sont toujours plus enduits d’engrais artificiels qui les appauvrissent ? De la conséquence de cette perte de vie du sol sur la valeur nutritive de nos cultures, et donc notre santé ? Et des impacts sanitaires des pesticides sur les pollinisateurs, les oiseaux, les humains et toutes les formes de vie qui y sont exposé directement ou indirectement ?
« Que dire en effet de nos sols lessivés, déstructurés et vidés de toute vie, qui chaque année sont toujours plus enduits d’engrais artificiels qui les appauvrissent ? »
Que dire de l’élevage intensif qui inflige des souffrances monstrueuses aux animaux ? Et de nos nappes phréatiques polluées par les produits toxiques relâchés dans nos sols notamment en raison de ces élevages ?
Que dire de l’accaparement des terres par des multinationales en quête de contrôle ? Ou encore des manipulations génétiques réalisées sur les semences pour les rendre stériles, et le paysan dépendant de ces mêmes multinationales ?
« Que dire de l’accaparement des terres par des multinationales en quête de contrôle ? »
C’est un hold-up de notre autonomie alimentaire, et il est temps de s’en rendre compte. Réveillons-nous, et réagissons. L’alimentation est le volet de notre vie sur lequel nous avons le plus de prise, et le plus de possibilités d’actions. Ainsi que de résultats concrets. Car une alimentation saine et durable, respectueuse de l’humain, c’est une alimentaire respectueuse des sols, des plantes et des animaux. C’est un processus alchimique qui a le pouvoir de nous transformer, pour le meilleur ou pour le pire.
Il existe de nombreux paysan qui résistent, forment des coopératives, et proposent des aliments de qualité, sains, respectueux du vivant et de l’humain, à des prix raisonnables. Soutenons-les, et aidons-nous nous-mêmes en achetant leurs produits.
« C’est un hold-up de notre autonomie alimentaire, et il est temps de s’en rendre compte. »
Mais surtout, changeons de point de vue. Nous n’avons pas besoin de manger autant. Nous avons besoin de manger mieux. Et surtout, nous avons davantage besoin de manger sainement que d’acheter le nouvel iPhone à 2000€. C’est une question de choix.
Nous sommes ce que nous mangeons. La question est donc : qui voulez-vous être ?
B x


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