Un instant de calme

Une invitation au lâcher prise, au calme et à la prise de recul sur le monde et ses évènements, pour notre bien à tous.

Le climat social est tendu. Le pays se déchire. Partout où l’on va, la peur, la colère, et les fausses certitudes dominent les conversations, alourdissant l’air d’une pesanteur malvenue. Chacun tente de convaincre l’autre de son point de vue, et tous sont convaincus que leur vote sera utile, et permettra la bascule du pays. La rigueur morale et intellectuelle tant convoitée est soudainement la principale qualité de tous, mais personne ne pense à y ajouter une petite pointe d’humilité. Des étincelles illuminent le ciel, et les politiciens attisent un grand feu, annonciateur de chaos social et de solutions peu démocratiques. Partout dans le pays, des gens se réjouissent, tandis que d’autres pleurent, s’inquiètent ou fulminent.

Mais pas ici.

Ici, le calme règne. Loin de la ville, perdus au milieu des champs, on peut enfin respirer un air sain, débarrassé de la pollution comme du marasme électoral. Parfois, un tracteur passe sur la route à côté de la maison, nous ramenant à la réalité ouvrière, et nous rappelant que la question de la gestion du champ de blé en face de la fenêtre pourrait déchirer les hommes pendant des jours. Pourtant, en cet instant, tout ce que je perçois, c’est une beauté calme. La Terre Mère, nourricière, impassible face à nos doutes et nos espoirs, nos terreurs et nos émulations, s’étend à perte de vue, et projette de doux reflets dorés sous un soleil voilé.

« Partout où l’on va, la peur, la colère et les fausses certitudes dominent les conversations, alourdissant l’air d’une pesanteur malvenue. »

Cette vision est riche d’émotions, car elle est prometteuse de récoltes à venir, et donc d’un hiver confortable. Notre société a tendance à nous faire oublier l’importance de ces choses en apparence banales, mais elles sont pourtant cruciales. Notre vision est tant habituée à apercevoir des champs vivants, regorgeant de nourriture et d’un humus riche en nutriments, que nous en oublions parfois la bénédiction que cela représente, et la gratitude que nous devrions éprouver pour notre belle planète.

Pendant ce temps, un duo d’adolescents marche le long du champ, avec un ballon de football, discutant tranquillement. Un petit groupe de copines passe devant le gîte à vélo en commentant l’itinéraire choisi. Un cousin toque à la porte pour nous apporter des fraises du petit producteur voisin et ami de la famille. La vie suit son cours simplement, doucement, sans apparat, mais avec beaucoup de sens. Elle n’a pas besoin, dans ce coin reculé, de se prévaloir de qualités particulières ni d’extravagance aucune pour être riche de saveurs.

« Notre vision est tant habituée à apercevoir des champs vivants, regorgeant de nourriture et d’un humus riche en nutriments, que nous en oublions parfois la bénédiction que cela représente, et la gratitude que nous devrions éprouver pour notre belle planète. »

La place est laissée au calme, à la contemplation. L’atmosphère baigne de la senteur de la réalité, de la vraie vie, celle qui se vit loin des réseaux sociaux et des écrans de télévision. Ici, on se recentre sur l’essentiel : de l’air pur, une nature vigoureuse, de la famille, des amis, et beaucoup de rire. On se rappelle notre place dans le monde, aussi essentielle qu’insignifiante. On se décharge du poids du monde, que nous n’aurions jamais dû croire normal de porter sur nos épaules. On se relâche, on respire.

La discussion est légère et détendue. De temps à autre, un débat s’engage, sur un sujet qui fâche et divise, mais c’est un vrai débat d’idées, avec des questions profondes et des réponses nuancées, et parfois des opinions bien tranchées, mais dont la conclusion est le plus souvent que finalement, on ne sait pas grand chose. Cette dernière note achève le plus souvent de nous libérer de nos carcans du quotidien, nous allégeant de la nécessité d’avoir un avis sur tout, et de se prendre pour le porteur de la bonne parole.

« On se rappelle notre place dans le monde, aussi essentielle qu’insignifiante. »

Par ailleurs, il n’est pas question ici de laisser des problématiques dures diminuer l’esprit convivial, et surtout, déranger le calme qui règne dans le lieu. Car les oiseaux chantent, les oies se prélassent à l’ombre d’un grand marronnier, près de l’étang, et les engins agricoles battent la campagne au loin. Et c’est alors que l’esprit se détend, dépose les armes, et accepte la fatalité de la contemplation. Du lâcher-prise. De la simplicité. On se met à apprécier les vertus du calme, et on rechigne à s’y arracher quand le temps vient de s’activer. Notre corps peut alors commencer à reprendre le dessus sur l’esprit. Car lui se rappelle. Lui sait que cet environnement est notre environnement naturel, et non pas nos villes surchargées. Et lui sait apprécier cette offre alléchante de relaxation et de vivre-ensemble, car il n’aspire qu’à cela.

Je vous souhaite donc de vous relâcher, de roupiller, de vagabonder, de vous désaltérer, et de bien manger. En somme : de profiter.

B x

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