Être une femme

Un questionnement sur les défis féminins, la réalité des femmes modernes et le féminisme du XXIème siècle.

La douleur se répand dans mon corps comme une décharge électrique qui me paralyse et me coupe le souffle. Elle part du bas-ventre, pour se répandre ensuite dans mon dos et mes jambes. Je sens mes jambes s’engourdir et perdre en force. La crampe s’éternise, et me donne le vertige. Je sers les dents et tente de prendre de grandes respirations par le nez. Je connais cette douleur, alors je la rationalise et maîtrise mes nerfs. 

Cela fait désormais dix ans que j’ai mes règles, je suis habituée à cette douleur cuisante qui se répète inlassablement tous les mois. Ce n’est rien de nouveau, juste de la routine, aucune raison de paniquer. Je suis une femme. Souffrir mensuellement est un fardeau communément accepté et enduré comme une nécessité naturelle. Voire une punition pour un pêché de tentation, selon les traditions. 

« Souffrir mensuellement est un fardeau communément accepté et enduré comme une nécessité naturelle. »

Ainsi, pendant dix ans, personne ne me dira que cela n’est pas une fatalité. Qu’il y a une autre voie. Que la femme n’a pas a souffrir, allant jusqu’à pleurer sous le choc de la douleur, en silence. Mais surtout, que les jeunes filles n’ont pas à paniquer seules dans les toilettes lorsque le sang coule pour la première fois. Qu’elles n’ont pas à avoir honte de cela, ni se cacher pour changer leurs protections, sous les quolibets de camarades ignorants, mais qu’au contraire, ces premières règles sont le symbole de quelque chose de magique, le premier symptôme de la capacité à porter la vie, à créer une nouvelle lumière sur cette planète. 

Personne ne me dira que les tampons créent des chocs septiques, et diffusent dans une des zones les plus irriguées du corps, le coeur de notre féminité, des substances toxiques, cancérigènes et perturbatrices pour notre système hormonal. Ni que l’Antadys qu’on nous prescrit massivement comme remède contre les crampes assassines nous rend infertiles. On ne me dira pas non plus que les infections urinaires et mycoses à répétition ne sont pas des réalités féminines inévitables, ou encore que les symptômes d’une crise cardiaque sont différents chez la femme et chez l’homme. Ou  bien qu’il n’est ni normal, ni anodin, ni sain, de supprimer nos règles par des pilules bourrées d’hormones qui nous détruisent. Qu’elles créent des cancers, déclenchent des maladies auto-immunes et nous rendent stériles. 

« Personne ne me dira que les tampons créent des chocs septiques, et diffusent dans une des zones les plus irriguées du corps, le coeur de notre féminité, des substances toxiques, cancérigènes et perturbatrices pour notre système hormonal. »

Je n’entendrais pas parler des énormes différences physiologiques entre l’homme et la femme, ni du manque de connaissances et d’études sur le corps de la femme et son fonctionnement qui caractérise la médecine moderne occidentale. Je n’apprendrais pas à calquer ma vie sur mon cycle féminin, car personne ne saura m’expliquer l’impact de mes variations hormonales sur mes humeurs, mon rapport au monde et ma physiologie en fonction des phases de ce fameux cycle menstruel. On ne me dira  pas qu’il n’est pas absolument nécessaire d’accoucher allongée, pour faciliter le travail de l’obstétricien, mais qu’au contraire la gravité joue un rôle crucial de facilitateur dans la mise au monde, et ce, depuis la nuit des temps. 

Non, on ne me dira rien de tout cela. On préfèrera me mentir, par ignorance, manque d’intérêt ou recherche de profit, selon les cas. Après tout, toutes ces problématiques ne concernent que la moitié de la population mondiale. Et puis seulement la moitié qui porte nos enfants, et dont la santé influe directement sur celle de leur progéniture. Rien d’important donc. Ce n’est que le problème de nos mères, nos soeurs et nos filles. Sans oublier que leur ignorance du fonctionnement de leur propre corps, associé à leur déni de leur puissance et leur dégoût de leurs processus corporels naturels, sciemment orchestrés depuis leur naissance, sont rentables. Très rentables même.

« On préfèrera me mentir, par ignorance, manque d’intérêt ou recherche de profit, selon les cas. »

Alors, on me dira plutôt que la douleur est normale et naturelle, mais qu’on peut vivre comme des hommes si on le veut. Pas de souci. Il suffit juste de mettre des tampons pour aller dans la piscine ou aller faire un footing, ou alors de prendre une petite pilule tous les jours pour supprimer la douleur des règles, voire supprimer les règles tout court, tout en évitant de tomber enceinte. Et comme ça on est aussi efficaces que les hommes, en tout temps. Super, comme ça on peut aller travailler comme eux. C’est la libération de la femme, paraît-il. 

Mais attention, pas question de montrer un quelconque signe de faiblesse féminine dans ce monde d’hommes. Vous voulez être des nôtres, venez travailler, mais ne commencez pas à nous embêter avec vos règles, vos douleurs et votre efficacité modulée par votre système endocrinien. Vous serez nos égales, mais au prix de votre féminité. 

« Vous serez nos égales, mais au prix de votre féminité. »

On me dira alors que le sang est un tabou, transmis de génération en génération par des mères aussi ignorantes que leurs filles. On me dira de ne jamais montrer de sang, ni de serviette périodique. Que c’est sale et répugnant. Que c’est une affaire de femmes, qu’on appelle ça les raniania entre nous, et qu’en public, on doit répondre élégamment qu’on est indisposées quand notre utérus nous tyrannise, que nos reins nous lancent et qu’une violente douleur nous vrille le crâne. Tais-toi et marche. Ne te plains pas, c’est le lot de toutes les femmes avant toi, et ça n’a jamais tué personne. Enfin si, mais c’est la vie. Et aujourd’hui, on sait vous faire survivre avec des hormones et des chirurgies invasives. Donc pas de panique.

J’entendrais dire que mes symptômes sont normaux, qu’on a vu vraiment pire chez d’autres femmes, et que de toute manière, si je ne veux pas prendre la pilule, à quoi cela sert-il de faire des analyses pour détecter un potentiel dérèglement hormonal ? Taisez-vous madame, vos questions sont ridicules et vous n’êtes pas gynécologue. Oui, c’est votre corps, et votre ressenti, mais je suis votre médecin, et moi je SAIS. Et d’ailleurs, non, l’Antadys ne rend pas infertile, c’est un simple anti-inflammatoire, ne dites pas de bêtise mademoiselle je vous prie. Mais c’est votre choix hein, si vous êtes trop entêtée ou trop bête pour me croire, souffrez donc. Mais ne me demandez pas de dispense de sport pour cela. Allez courir, ou rampez s’il le faut. Mais peut-être que vous simulez, non ? J’en ai vu des filles dans votre genre, qui se plient en deux pour ne pas bouger leurs fesses ! Vous ne m’aurez pas, moi ! 

« On me dira que le sang est un tabou, transmis de génération en génération par des mères aussi ignorantes que leurs filles. »

Mais qu’en savent-ils réellement ? Comment peut-on connaître le corps d’une femme si on ne l’expérimente pas ? Comment peut-on le comprendre si on ne l’étudie qu’au travers de celui des hommes ? Comment peut-on saisir ses nuances et s’émerveiller de son extraordinaire fonctionnement si on y est indifférent ? 

On nous propose d’être aussi nombreuses que les hommes dans les conseils d’administration et le monde du bâtiment. Ça ne m’intéresse pas. Moi, je veux qu’on réfléchisse à comment adapter le travail des femmes à leur cycle menstruel. 

« Comment peut-on connaître le corps d’une femme si on ne l’expérimente pas ? »

On nous propose des médicaments pour annihiler la douleur autant que nos chances d’enfanter. Ça ne m’intéresse pas. Moi, je veux des recherches sur les causes de l’endométriose, qui touche aujourd’hui une femme sur dix, les condamnant à une vie de souffrance et un fort risque d’infertilité. Ah, et des gynécologues qui sachent diagnostiquer cette condition aussi, ce serait pas mal. 

On nous propose des traitements hormonaux pour réguler nos hormones. Ça ne m’intéresse pas. Moi, je veux des recherches sur les causes de nos dérèglements hormonaux et des solutions qui traitent le problème à la racine. 

« Moi, je veux des recherches sur les causes de nos dérèglements hormonaux et des solutions qui traitent le problème à la racine. »

On nous propose des voitures roses pour les filles coquettes mais indépendantes, et des grosses voitures pour les femmes qui n’ont pas peur d’imposer leur autorité. Ça ne m’intéresse pas. Moi, je veux des crash-tests automobiles qui n’utilisent pas que des mannequins masculins, et permettent donc d’évaluer les effets réels d’un accident de la route sur le corps d’une femme, pour éviter d’avoir un taux de décès féminin des suites d’un accident de la route élevé en raison de ce manque d’informations. 

Mais comment espérer ces avancées, lorsque la société n’est même plus capable de définir correctement ce qu’est une femme ? Qu’elle nie nos réalités biologiques et tente de nous persuader que les hommes peuvent avoir leurs règles et les femmes des testicules ? 

« Mais comment espérer ces avancées, lorsque la société n’est même plus capable de définir correctement ce qu’est une femme ? »

Vous pensez que personne ne vous arrêtera, et que les femmes sont stupides ? Vous pensez pouvoir nous faire oublier notre réalité biologique et le ressenti de notre chair ? Vous croyez pouvoir nous retirer notre puissance créatrice de vie ? Êtes-vous réellement convaincus que vous pourrez éradiquer notre féminité, au sens biologique du terme ? 

Si c’est le cas, vous vous trompez.

Car dans ce marasme mondial qui se revendique féministe, les femmes résistent. Les corps continuent de fonctionner, et les utérus de créer la vie. Malgré les tentatives de les faire taire, de les asservir et de les faire fonctionner comme ceux des hommes. Certaines d’entre nous vous croiront peut-être un temps, mais cela ne durera pas. Elles pâtiront de vos politiques destructives et abusives, et bientôt, elles se souviendront. 

« Car dans ce marasme mondial qui se revendique féministe, les femmes résistent. »

Elles se rappelleront que nous n’aurons jamais vos muscles, ni votre niveau de testostérone qui vous rend performant chaque jour de chaque mois de l’année. Que nous aurons toujours des hanches capables de laisser entrer dans le monde des petits anges, et de la graisse pour les créer. Que nous continuerons de saigner, car c’est ce processus qui façonne l’humanité. Mais que cela n’a pas à se faire dans la douleur. 

Et alors nous ré-apprendrons toutes ensembles à nous occuper de nous, et prévenir la douleur en comprenant quels maux et dérèglements nous font souffrir, pour les éradiquer. Nous réclamerons collectivement le pouvoir sur nos corps, et trouverons le chemin du retour vers nous, et notre voix intérieure qui sait ce qui est bon pour nous, et ce que nous sommes.

Nous sommes vos mères, vos tantes, vos soeurs, vos filles et vos nièces. Nous sommes le vecteur qui relie le spirituel au charnel. Nous portons la vie et lui donnons forme. Nous sommes les filles de Mère Nature, et sommes de ce fait connectées à la Lune aux côtés des océans. Nous sommes le ras-de-marée que vous n’arrêterez pas, celui de la douceur mêlée à la puissance créatrice et à l’intuition. Nous sommes le Yin à votre Yang. Nous complétons l’homme dans un équilibre parfait. Nous sommes aussi indispensables à l’humanité que l’homme, ni plus, ni moins. 

« Nous sommes le ras-de-marée que vous n’arrêterez pas, celui de la douceur mêlée à la puissance créatrice et à l’intuition. »

Nous sommes des femelles adultes humaines. Et quelle magie. Nos seins sont capables de produire un lait maternel différent à chaque instant, pour s’adapter aux besoins de l’enfant qu’il nourrit, et lui apporter les nutriments et les anti-corps nécessaires à sa croissance et sa santé. Nous détectons dans nos entrailles un enfant en détresse à des centaines de mètres. Les jeunes mères ont des montées de lait aux premiers sanglots d’un bébé, qu’il soit le leur ou non. Nous sommes connectées à nos bébés d’une manière si sublime que les cellules souches de nos foetus peuvent réparer nos organes en cas de besoin. En échange, nos corps leur donnent tout, jusqu’à nos moindres réserves, pour leur permettre de naître. Tout, dans le corps d’une femme, est constitué de façon à ce que nous puissions donner la vie. 

« Nous sommes des femelles adultes humaines. »

Peut-être est-il donc temps de respecter davantage ces processus et les femmes qui les mettent en oeuvre. Car comme le dit si bien Charles Fourier, « Partout où l’homme a dégradé la femme, il s’est dégradé lui-même. »

B x 

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