Chroniques japonaises – épisode 5 : les transports en commun

Dans cette cinquième chronique japonaise, venez découvrir les spécificités du métro nippon, symbole de l’excellence et de la rigueur japonaises.

Une partie non négligeable de tout voyage au Japon se déroule dans les transports en commun : le métro, le Shinkansen, les trains de banlieue et le bus. Quand l’on se trouve dans une grande ville, telle que Tokyo, Kyoto ou Osaka, la plupart des touristes se déplacent en métro ou à pied, et les trajets jusqu’au métro le plus proche se révèlent toujours rapide et facile, les métropoles japonaises étant très bien desservies par de multiples lignes de métro savamment développées et connectées entre elle. Et si je vous en parle aujourd’hui, c’est parce que le métro reflète merveilleusement bien l’esprit japonais. 

Une aventure dans le métro japonais commence pourtant très classiquement. Dans la plupart des stations de métro, une douzaine de portes différentes permettent de rejoindre les rames, disséminées dans un rayon d’un kilomètre environ. Une fois arrivés devant la porte d’entrée choisie, de grands escaliers et escalators permettent de s’enfoncer dans le dédale souterrain du métro nippon. 

« Une partie non négligeable de tout voyage au Japon se déroule dans les transports en commun : le métro, le Shinkansen, les trains de banlieue et le bus. »

La première étape une fois arrivé en bas de ces marches, toujours sans surprise, est d’affronter les distributeurs de tickets, au-dessus desquels sont représentées l’ensemble des lignes de métro de la ville, ainsi que les lignes de train régionales, l’équivalent de nos RER et TER. La première spécificité japonaise se cache dans les détails de cette carte ferroviaire. A chaque ligne correspond une couleur, créant un joli méli-mélo de coloris à première vue incompréhensible, mais en réalité savamment pensé. En effet, sur chaque ligne, toutes les stations desservies sont indiquées, ainsi que le prix à payer, en yen, pour s’y rendre, depuis cette station précisément. Ainsi, contrairement au métro français, nous ne payons pas un prix uniforme pour toutes les stations de métro de la ville, mais bien un prix différent, dépendant de la distance à parcourir pour rejoindre notre destination. 

Le problème qui se pose avec cette technique apparaît si nous ne savons pas exactement à quelle station nous souhaitons descendre, car alors quel prix payer ? Mais les japonais, prévoyants, ont pensé à tout. Ainsi, en cas d’hésitation sur le prix à payer, il est conseillé de repérer le prix de la destination la moins chère, de le payer, et, une fois arrivé à destination, si le prix à payer est finalement plus important que celui encaissé, le tourniquet de sortie ne vous laissera pas passer. Il faudra alors vous rapprocher des bornes mises à disposition par la compagnie de métro, qui permettent de payer l’ajustement du prix, sur simple présentation du ticket payé ! 

« Ainsi, contrairement au métro français, nous ne payons pas un prix uniforme pour toutes les stations de métro de la ville, mais bien un prix différent, dépendant de la distance à parcourir pour rejoindre notre destination. »

Toutefois, un autre délice du métro japonais consiste en la présence permanente d’agents de la compagnie ferroviaire, qui se tiennent à la pleine et entière disposition des usagers, toujours disposés à aider les égarés à retrouver leur chemin, le tout avec professionnalisme et une belle énergie. 

Une fois le fonctionnement compris, seul ou avec l’aide d’un agent, il est temps de payer. Les japonais n’utilisent que très peu les cartes bancaires, préférant l’argent liquide, à savoir des billets, mais aussi beaucoup de pièces. Les prix du métro étant peu élevés, les règlements se font principalement par pièces. Quand on est touriste, il est, au début, assez difficile de se repérer dans les différents types de pièces, avec leurs inscriptions en japonais. Il n’est donc pas rare, surtout les premiers jours, de passer un certain temps devant la machine, à chercher le montant exact à donner parmi notre tas de pièces.  Encore une fois, les agents sont toujours ravis de vous venir en aide. 

 » Les japonais n’utilisent que très peu les cartes bancaires, préférant l’argent liquide, à savoir des billets, mais aussi beaucoup de pièces. »

Finalement, on peut passer les portiques de sécurité en insérant son ticket dans la fente prévue à cet effet, et le récupérer, avec une effarante rapidité, de l’autre côté du portique. Vient alors le moment fatidique : se repérer au milieu des nombreux croisements qui jalonnent le sous-sol de la ville, à la recherche du couloir qui nous mènera sans encombres à notre rame. Les japonais se déplaçant également beaucoup en transports en commun, une large foule se presse souvent dans les allées du métro, n’arrangeant pas franchement la visibilité. Toutefois, cela n’entrave en rien la capacité de mouvement, car dans leur respect des autres, de la conformité et leur souci de ne pas déranger, les japonais s’ordonnent parfaitement, créant ainsi un être unique, constitué de centaines de corps qui se déplacent à l’unisson, se croisent et se suivent, sans jamais se toucher ni s’entraver. C’est une sorte de ballet urbain silencieux, impressionnant à observer, et difficile à imiter tant leur coordination est inatteignable dans un pays latin comme la France. Des marquages au sol nous permettent néanmoins de comprendre les sens de circulation dans les couloirs, et de nombreux panneaux en japonais et anglais indiquent clairement les règles de politesse à respecter sur les quais et dans les rames. 

Une fois la bonne voie trouvée, de nouveaux escaliers et escalators permettent de rejoindre le quai, toujours dans une harmonie piétonne impeccable, les gens se plaçant instinctivement à droite sur l’escalator et les escaliers pour ne pas gêner d’éventuels usagers pressés. 

« Toutefois, cela n’entrave en rien la capacité de mouvement, car dans leur respect des autres, de la conformité et leur souci de ne pas déranger, les japonais s’ordonnent parfaitement, créant ainsi un être unique, constitué de centaines de corps qui se déplacent à l’unisson, se croisent et se suivent, sans jamais se toucher ni s’entraver. »

Arrivés sur le quai, il faut encore déchiffrer la signification des chiffres sur les panneaux d’affichage pour savoir se positionner sur celui-ci. En effet, les trains n’ayant pas tous la même longueur, ils s’arrêtent à des hauteurs variables, indiqués par des numéros sur les panneaux d’affichage et au sol. Attention donc à ne pas se positionner en dehors des limites de stationnement du train, au risque de ne pas avoir le temps de rentrer dedans une fois celui-ci à quai. 

Enfin, dans cette zone spécifique, reste encore à choisir un emplacement. Chaque porte d’accès au train est matérialisée par un cercle au sol, dont la couleur indique s’il s’agit d’une entrée classique ou d’une file réservée aux personnes prioritaires telles que les mutilés, les handicapés, les personnes âgées et les femmes enceintes. Une fois l’emplacement repéré, il n’y a plus qu’à se placer derrière les japonais parfaitement positionnés en file indienne face au cercle. Pas question ici de se bousculer, ou d’essayer de doubler un usager arrivé avant vous : chacun connait sa place et la respecte à la lettre, au risque de sortir de la norme, ce qui constitue le plus grand cauchemar de bon nombre de japonais. 

« Arrivés sur le quai, il faut encore déchiffrer la signification des chiffres sur les panneaux d’affichage pour savoir se positionner sur celui-ci. »

Lorsque le train arrive à quai, les usagers souhaitant descendre sont prioritaires, puis la file avance lentement vers la rame, à l’intérieur de laquelle les nouveaux venus se choisissent une place discrètement, dans un silence remarquable et sans même s’effleurer. Il est en effet très mal vu de faire du bruit dans les lieux publics, cela portant atteinte au confort de ses concitoyens, et il est interdit de téléphoner ou d’écouter de la musique sans écouteurs. De toute manière, les japonais travaillant beaucoup et se reposant peu, la plupart des usagers utilisent ce temps de trajet pour effectuer une micro-sieste. Vous pourrez également observer cette pratique chez quelques touristes frappés de plein fouet par le décalage horaire… 

Attention tout de même à bien surveiller les écrans indiquant les stations à venir, au risque de se retrouver à l’autre bout de la ville en un rien de temps ! Mais rien de tel pour se maintenir éveillé que d’observer les japonais dans leur quotidien. Un constat vous sautera alors très certainement aux yeux : l’uniformité saisissante de l’habit et des comportements des japonais qui, pour la plupart, utilisent le métro pour se rendre au travail et en revenir. Les hommes en costume sobre, les femmes légèrement plus hétérogènes dans leurs habits mais dans une mode tout de même définie : des tailleurs aux tons pastels ou des jupes et robes assorties de chemisiers sobres et conservateurs. Le tableau général est harmonieux, et très élégant. Les femmes sont maquillées avec beaucoup de professionnalisme, donnant un résultat raffiné mais discret. On retrouve dans ces caractéristiques communes ce besoin ancré dans les moeurs de se fondre dans la masse, et de ne surtout pas laisser perler une once d’originalité ou même simplement, de personnalité. Seuls les écoliers, malgré leurs uniformes standardisés, tendent d’affirmer leur identité par de petits accessoires personnels. 

« Un constat vous sautera alors très certainement aux yeux : l’uniformité saisissante de l’habit et des comportements des japonais qui, pour la plupart, utilisent le métro pour se rendre au travail et en revenir. »

Finalement vient le temps de sortir du métro, sans grande difficulté puisque toutes les sorties, les escalators et les ascenseurs sont représentés sur les panneaux d’affichage de la rame, dans un souci d’assistance troublant. Et après peut-être un rapide passage dans l’une des multiples toilettes des stations de métro qui, pour le plus grand bonheur des femmes, sont, comme le reste des infrastructures du métro japonais, d’une propreté impeccable, il ne reste plus alors qu’à rejoindre au plus vite la surface pour profiter de toute la magie qu’a à offrir le pays du Soleil levant… 

B x

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