Entre ciel et terre : intersection ou bifurcation ?

Un manifeste à la gloire de l’aviation, cette magie qui coule dans mes veines depuis ma naissance et celles de tant d’autres passionnés depuis plus d’un siècle maintenant.

Le ciel est d’un bleu profond, enivrant, incitateur. Sur le tarmac règne une atmosphère d’agitation, comme à chaque départ. Seul l’oiseau de métal trône immobile au milieu de cette fébrilité, insensible aux angoisses autant qu’aux espoirs de ses passagers. Il demeure paisible, attendant son pilote, près à décoller au premier mouvement de manche. 

Au bout d’un certain temps, les moteurs s’allument dans un bruit rauque et puissant, provoquant une grande bourrasque de vent tout autour. Une fois embarqué, on quitte un monde pour un autre, le temps de quelques heures. On s’en va rejoindre le ciel, là où il fait toujours beau et où le monde des hommes s’efface au profit de celui des anges, plus délicat et plus admirable. Et lorsque l’on atterrira, nous serons ailleurs, transportés auprès d’une autre partie de l’humanité, que nous n’aurions sûrement jamais pu côtoyer sans le recours à l’avion. C’est une ouverture au monde, et avec, un élargissement de la pensée. Un câlin à l’humanité. 

« On s’en va rejoindre le ciel, là où il fait toujours beau et où le monde des hommes s’efface au profit de celui des anges, plus délicat et plus admirable. »

Il est l’heure de fermer les portes. PNC aux portes. Armement des toboggans. Vérification de la porte opposée. De chaque côté de l’appareil s’alignent d’autres beautés aériennes. Toutes relativement identiques en apparence, mais si différentes en réalité. En effet, s’il est vrai que le principe qui les régit et les anime est le même pour toutes, tout aviateur sait que le principe, bien qu’essentiel, ne constitue pas le panache du vol.

Car c’est bien ce dont il s’agit ici : voler. Toujours plus haut, toujours plus loin, toujours plus vite. Une recherche permanente de performance, mais surtout de plaisir et d’évasion. Et si l’univers cinématographique – et parfois, il faut bien l’admettre, les aviateurs eux-mêmes – met en scène la vantardise qui accompagne parfois les caïds du ciel, ce n’est pas ce qui les définit. L’aviation, c’est avant tout une passion débordante, un besoin intrinsèque de s’envoler, de s’approcher des cieux sans jamais les rejoindre, qui ne peut se tarir, mais seulement s’apaiser par des envols réguliers. 

« PNC aux portes. Armement des toboggans. Vérification de la porte opposée. »

L’aviation, c’est les larmes, celles de l’émotion qui vous secoue le coeur, dans une vibration qui vous électrise, vous rappelant sans cesse à la vie, et à sa beauté. Et c’est donc aussi la contemplation, celle d’abord du génie de la machine, puis celle de son hymne, et enfin celle du monde depuis le ciel, point de vue privilégié sur notre belle planète. C’est un sentiment de plénitude, la découverte de sa place dans l’univers, qui s’accompagne d’une forte sensation d’appartenance. Et cet ensemble, finalement, rend humble. Il permet un recul sur les choses du monde. Paradoxalement, l’intensité du vol incite à vivre son quotidien plus calmement, dans une forme d’apaisement de ceux qui savent. Savent reconnaître la beauté, et s’en imprégner. Savent ressentir, et n’ont pas peur d’oser le faire. 

Ainsi donc, l’aviation nous reconnecte au monde, et nous en rend adorateurs. Se pose alors l’inévitable question : peut-on aimer la planète, vouloir la protéger, tout en pratiquant l’aviation ? Aujourd’hui des voix s’élèvent avec colère pour répondre non. Mais connaissent-elles sa magie ? Peuvent-elles réellement comprendre quelque chose à un monde qui leur échappe, trop divin pour leur esprit cartésien, trop rêveur pour leur cerveau calculateur ? 

« L’aviation, c’est les larmes, celles de l’émotion qui vous secoue le cœur, dans une vibration qui vous électrise, vous rappelant sans cesse à la vie, et à sa beauté. »

Ecologue de formation, je suis consciente de la fragilité des équilibres de notre planète, et de la nécessité, non pas de la protéger, car elle n’en a pas besoin et ce n’est pas de notre ressort d’action, mais de maintenir des conditions de vie durables et saines, pour nous en premier lieu, ainsi que pour le reste du vivant. A nous cependant de définir ce que l’on entend par sain, et de réfléchir aux meilleurs moyens d’y parvenir. 

Aujourd’hui, beaucoup d’écologistes appellent à la fin de l’aviation. Ils souhaitent couper les ailes de l’homme, un siècle seulement après qu’il les ait durement gagnées. Un siècle qui a permis aux hommes de se rencontrer, d’échanger, de discuter, de partager leurs cultures, de s’ouvrir aux autres, et de s’évader. Tout cela au nom de l’urgence climatique, le karma de l’homme égoïste disent-ils. Les chiffres sont inlassablement égrenés, répétés comme une litanie funèbre, déconnectés d’une réalité matérielle bien réelle et tellement plus complexe. 

« Ils souhaitent couper les ailes de l’homme, un siècle seulement après qu’il les ait durement gagnées. »

S’il est vrai que nous traversons une crise écologique majeure, à laquelle l’homme n’est pas étranger, vouloir supprimer l’aviation commerciale me parait relever davantage de la politique que de la science. Mais surtout, comment ne pas s’inquiéter d’une diminution de nos libertés individuelles, d’une technologie merveilleuse et incroyablement efficace, ainsi que de la perte incommensurable d’un lien magique entre les êtres qui partagent cette belle planète ?

Comment se laisser enchaîner, lorsque mon enfance, c’était Saint-Exupéry et ses voyages humanitaires en Afrique, et Top Gun, avec ses pilotes aguerris qui s’envolent dans des avions majestueux aux ailes de fer aiguisés, plus rapides que le son ? Mais aussi mon grand-père Paddy, mécanicien navigant chez Air France et bénévole d’Aviation Sans Frontières. Et enfin et surtout mes parents, navigants chez Air France, qui ont construit mon univers avec leurs milliers de récits de voyage. En tant que « bébé Air France », la magie du vol coule dans mes veines depuis toujours, héritage d’un temps aujourd’hui révolu. 

« Mais surtout, comment ne pas s’inquiéter d’une diminution de nos libertés individuelles, d’une technologie merveilleuse et incroyablement efficace, ainsi que de la perte incommensurable d’un lien magique entre les êtres qui partagent cette belle planète ? »

C’est pourquoi aux ppm de CO2, j’oppose la conquête de l’air, et aux décisions politiques, des pensées poétiques. 

Vivez heureux, vivez libre, mais surtout, vivez. 

B x 

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