La fête des voisins

Plongez dans l’atmosphère de l’annuelle fête des voisins au coeur d’un petit village seine-et-marnais qui a su maintenir convivialité et esprit de fête.

La rue est condamnée par des barrières qui en bloquent l’accès. Au loin, vers le milieu de la rue, ont été montés deux grands barnums blancs, d’où s’élève une clameur festive. Dans la rue perpendiculaire, une plus petite fête a été organisée, suivant le même procédé. Au total, dans notre petit village de 2500 habitants – ou plutôt notre bourg, donc – 8 célébrations en l’honneur de la fête des voisins ont été déclarées, de ci et de là, en ce vendredi 31 mai. 

Le concept est simple, mais porteur de joyeuses promesses de convivialité : rassembler les voisins dans la rue, autour d’un verre et de petites gourmandises à grignoter, pour passer un bon moment, apprendre à se connaître lorsque ce n’est pas le cas, et tisser des liens. 

« Au total, dans notre petit village de 2500 habitants – ou plutôt notre bourg, donc – 8 célébrations en l’honneur de la fête des voisins ont été déclarées, de ci et de là, en ce vendredi 31 mai. »

C’est un évènement sans apparats, dont le but ultime, si tant est qu’il en ait été fixé un, est le contact humain. Un but noble, facilement atteignable en apparence, mais qui, en 2024, peut s’apparenter à un distant rêve. En effet, alors que les réseaux sociaux sont censés nous rassembler au travers d’écrans, ils semblent au contraire nous éloigner un peu plus chaque jour des gens les plus proches de nous, avec qui nous partageons une rue ou un pallier. Incidemment, leurs effets néfastes s’accumulent jusqu’à nous retirer un petit peu de notre humanité. Derrière un écran, la réalité matérielle s’efface au profit d’une fiction basée sur une réalité embellie, mais qui prend rapidement des allures de cauchemar. Car la perfection est l’ennemie du bien, et la recherche aussi constante que vaine d’esthétisme, d’attention et d’approbation ne peut mener qu’à un profond mal-être et une distanciation du soi profond. 

À l’inverse, la fête des voisins est de ces soirées bien réelles et concrètes, qui s’invitent devant votre porte et bon gré mal gré vous emportent dans le chahut de la vie qui bouillonne, ne cherchant qu’à s’exprimer à travers la foule, dans une énergie exaltante. 

« C’est un évènement sans apparats, dont le but ultime, si tant est qu’il en ait été fixé un, est le contact humain. »

Le mot « voisin » signifie « personne qui habite à proximité ». C’est un terme commun, mais dont les contours sont finalement très flous, car qu’entendons-nous par proximité ? Chacun se fera son idée, son avis, et choisira qui gagnera le précieux titre : le monsieur qui vit de l’autre côté du pallier, les habitants de l’immeuble, de la maison d’à côté, la rue entière, le quartier, ou même, le village ? Finalement peu importe, car ce soir le terme embrasse une définition plus large pour englober tous les humains qui habitent assez près pour être présents, et ont décidé de venir. Ceux qui partagent des valeurs, et une envie de communier. Les amateurs de choses simples, mais vraies. 

Sur les tables en bois disposées sous les barnums, à l’abri des redoutées gouttes de pluie, s’étalent quantité de petits plats sucrés et salés d’une grande variété, apportés par divers voisins. Chacun exprime ainsi sa compétence culinaire, de la quiche aux gambas, en passant par des salades composées, un barbecue enflammé et des desserts délicieusement sucrés. Il y en a pour tous les goûts, toutes les envies. Dans tous les cas, tout est bon, car tout a été fait avec le coeur, et le coeur embellit tout. En effet, la volonté d’apporter du plaisir à ses compagnons par une action culinaire se retranscrit dans chaque molécule du plat, le rendant nutritif pour l’âme. 

« Dans tous les cas, tout est bon, car tout a été fait avec le cœur, et le cœur embellit tout. »

La soirée s’élance dans la nuit, au rythme des discussions animées, qui se mélangent et s’isolent avec de se mélanger de nouveau. Un groupe de musique commence à s’échauffer, puis entame un accompagnement musical doux, au milieu d’un jet de fumée et de projecteurs aux couleurs chaudes, sur fond de végétation luxuriante. L’ambiance est décontractée, les gens semblent heureux, la nourriture et les boissons circulent.  Les plateaux s’allègent, au diapason des coeurs allègres, tandis que les estomacs se remplissent et s’étirent pour faire de la place à « la dernière petite part, c’est promis ! ». 

Finalement, l’orchestre s’arrête, et la nuit s’abat pour de bon sur les esprits festifs. Mais chacun sait que le crépuscule ouvre de nouvelles possibilités, et dans l’intimité de la nuit, le ventre bien rempli et le coeur aguerri, l’esprit se libère, et les cordes vocales se déshinibent. Alors, dans la fraîcheur de la nuit, une première voix s’élève, courageuse et libre, au son d’une chanson des années 80, vite rejointe par celle d’un ami, enorgueilli par le public hilare et la joie qui en émane. C’est le début du karaoké. 

« Mais chacun sait que le crépuscule ouvre de nouvelles possibilités, et dans l’intimité de la nuit, le ventre bien rempli et le cœur aguerri, l’esprit se libère, et les cordes vocales se déshinibent. »

Petit à petit, les premiers volontaires sont rejoints par d’autres voix plus timides, tentées par l’expérience qui leur est proposée. Dans cette atmosphère d’acceptation, libre de la notion de jugement, les peurs s’effacent. De belles voix apaisent les oreilles endolories par celles qui s’époumonent sur des classiques de la chanson françaises, mais toutes sont appréciées. Et en cas de blanc, ou de perte de confiance, le public est toujours là pour épauler, en tenant lieu de choeur joyeux. 

La fête se poursuit même après que l’éclairage public se soit éteint. Un peu comme si, tant que les voix survivent, et que le rire résonne dans la rue, la nuit ne pouvait réellement s’installer. Le moment est hors du temps, hors des conventions. Tout le monde est différent, et tout le monde n’est pas amis, mais chacun reconnait en l’autre un être humain capable de rire, de chanter, et d’apprécier un apéro entre voisins. 

Et finalement, que demander de plus ? 

B x

On reste en contact ?

Inscrivez-vous pour recevoir les derniers articles et recommandations de manière hebdomadaire dans votre boîte mail !

Laisser un commentaire

En savoir plus sur La plume du macareux

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture