Le zoo de Saint-Félicien : le castor

Partez dans cet article à la découverte d’un animal aussi fascinant que mignon, au charme atypique : le castor !

Le regard encore rêveur suite à notre rencontre hors du temps avec les renards roux, nous contournons l’enclos et nous dirigeons vers la suite du sentier. C’est un chemin discret, qui serpente entre de petits enclos déserts. En cette période hivernale, aux conditions météorologiques ardues, nombre d’animaux sont en effet recroquevillés dans la chaleur de leurs terriers, tanières, nids et autres abris, attendant d’avoir réellement besoin de se nourrir pour sortir. Actuellement, nombre d’enclos apparaissent donc déserts dans la douce lueur hivernale. Des panneaux vissés sur les rondins de bois des clôtures indiquent néanmoins quelle espèce est hébergée en leur sein, accompagnant le nom et la description scientifique d’une photo de l’animal. Cela nous permet de laisser libre cours à notre imagination, et l’on se plaît à se représenter l’animal dehors, gambadant joyeusement sous le soleil d’été.  

« En cette période hivernale, aux conditions météorologiques ardues, nombre d’animaux sont en effet recroquevillés dans la chaleur de leurs terriers, tanières, nids et autres abris, autant d’avoir réellement besoin de se nourrir pour sortir. »

Sur notre droite, nous repérons une hutte de castor dans un enclos contenant également un petit étang. Les castors n’hibernant pas, nous espérons pouvoir les observer et nous nous approchons doucement de l’enclos. Mais malheureusement, après plusieurs minutes d’une recherche minutieuse mais non concluante, nous reprenons tristement notre marche… jusqu’à apercevoir un petit panneau, placé dans le virage entamé par le chemin quelques mètres plus loin, indiquant l’entrée de la hutte du castor. Intrigués, nous poussons une porte discrète incrustée dans un rocher imposant à la gauche du sentier. A l’intérieur, nous découvrons un court couloir dont les murs sont recouverts de dessins de castors accompagnés d’explications biologiques et comportementales. 

Le castor est une espèce particulièrement intéressante à étudier en sciences écologiques de par son statut d’espèce clé de voûte. En construisant inlassablement des barrages et des huttes de bois qu’il coupe lui-même, il modifie durablement les paysages, et façonne l’environnement direct de nombreuses autres espèces animales et végétales partageant son écosystème. Ainsi, les scientifiques ont toujours beaucoup de choses à dire sur cet infatigable constructeur.

« Le castor est une espèce particulièrement intéressante à étudier en sciences écologiques de par son statut d’espèce clé de voûte. »

Après avoir pris le temps de tout lire, on s’avance plus avant et découvrons une belle surprise : face à nous se trouve une vitre permettant d’observer l’intérieur de la hutte des castors. Celle-ci, vétuste et sombre, est faiblement éclairée par une lumière artificielle au ton chaud, et en son sein se trouve un unique castor. Au moment où l’on approche de la vitre, il ne nous a pas encore remarqué. Affairé à attraper des brindilles de bois posées de l’autre côté de la hutte, répondant à son instinct de bâtisseur même lorsqu’il n’y a pas matière à bâtir, il nous tourne le dos, nous présentant par cette occasion sa large queue écaillée. 

Au Québec, il existe une gourmandise appelée la « queue de castor », vendue dans une chaîne de restauration du même nom. Très calorique et réconfortante durant les froides sorties hivernales, elle est ainsi nommée en raison de la formée de sa pâte frite, qui est recouverte de différentes garnitures, allant du nutella à un mélange de sucre et de cannelle, une spécialité locale, en passant par de nombreux autres produits sucrés. Et une fois face à la réelle queue de castor, on comprend réellement la ressemblance entre la célèbre pâtisserie et la réalité biologique qui se présente à nous, écailles exclues. 

« Au Québec, il existe une gourmandise appelée la « queue de castor », vendue dans une chaîne de restauration du même nom. »

Le corps du castor est quant à lui relativement trapu et dodu, et son pelage sombre luit timidement sous l’éclairage doux. Rien d’extraordinaire à première vue donc, mais c’était sans compter sur son demi-tour, qu’il effectue à grand peine dans son petit espace confiné, pour venir déposer ses brindilles sur un tas face à nous, à notre gauche. Il possède une petite tête marquée par de petits yeux, deux longues incisives jaune-orangées et des joues bien rebondies, qui donnent l’impression permanente qu’il a enfourné tout un dessert en cachette et vient d’être pris sur le fait sans avoir eu le temps d’avaler.

C’est alors qu’on croise son regard, et nos cœurs fondent instantanément. Le castor nous fixe avec des yeux sombres, mais infiniment doux et intelligents. On perçoit quelque chose dans son regard, une étincelle de curiosité amicale. On s’approche davantage pour venir nous coller à la vitre, et on reste quelques instants face à face, à se regarder avec émotion. 

« Le castor nous fixe avec des yeux sombres, mais infiniment doux et intelligents. »

Puis, il nous tourne le dos pour aller récupérer un caillou au fond de sa hutte. Il le cale difficilement entre ses pattes, revient vers nous d’une démarche chancelante et, à notre grande stupéfaction, nous tend son caillou. Surpris par la présence de la vitre marquant une séparation nette entre nous, il insiste, tentant de nous faire parvenir le caillou et le portant à bout de pattes en le cognant contre la vitre avec un air presque triste. Constatant son échec, il commence à se déplacer le long de la vitre, sans lâcher son caillou, afin de chercher une faille dans le système de protection mis en place par le zoo. Sans succès bien sûr, mais à notre plus grand regret. 

Le cœur empli d’affection, notre seul souhait en cet instant est de pouvoir traverser cette vitre pour accepter l’offrande de ce petit être si attachant. Après de nombreuses minutes d’observation où la joie se mêle à un petit pincement au cœur, nous décidons de rebrousser chemin et regagnons le sentier piéton sous un soleil timide, avec le sentiment désagréable d’avoir laissé un ami derrière nous. 

Bouleversés par cette rencontre candide et sincère, nous prenons un temps pour nous imprégner de l’expérience et l’ancrer dans notre mémoire. On réalise alors que de tous les animaux majestueux et impressionnants du zoo, aucun ne nous a autant ému que ce petit être aux longues dents et au regard si conscient et doux. Cela rappelle que de belles surprises nous attendent dans des endroits inattendus, et sous des formes aussi banales que celle d’un castor.

« Après de nombreuses minutes d’observation où la joie se mêle à un petit pincement au coeur, nous décidons de rebrousser chemin et regagnons le sentier piéton sous un soleil timide, avec le sentiment désagréable d’avoir laissé un ami derrière nous. »

Je décide alors de me servir de cette expérience comme d’une leçon de lâcher-prise vis-à-vis des évènements de la vie, un appel à arrêter de tout anticiper, mais surtout, comme une preuve supplémentaire de la conscience animale au-delà des instincts, de laquelle découle une capacité à tisser des liens inter-espèces bienveillants et chargés d’émotion, qui nous transforment profondément. 

B x

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