Une réflexion sur la manière de reconnaître et apprécier les paillettes de bonheur qui jonchent notre vie, au travers de la découverte de mes propres paillettes matinales.
Les rayons du soleil filtrent doucement au travers du store, ainsi que sous la porte de ma chambre. L’atmosphère est somnolente, hors du temps. L’immeuble, et l’appartement en premier lieu, sont calmes. Dehors, les oiseaux chantent gaiement, à la recherche d’un partenaire de reproduction, et, pour ceux, pour qui cela est déjà fait, leur adorable progéniture piaille allègrement pour réclamer à manger. La vie se manifeste avec joie. Au loin, on peut entendre le léger ronronnement des voitures sur le périphérique, mais le son est tellement distant qu’il peut difficilement être considéré comme désagréable. Au contraire, il rappelle qu’au-delà des murs, la vie est en perpétuelle effervescence.
Au moment où j’ouvre les yeux, j’ai déjà la certitude qu’il est tard. Si mon corps engourdi après une longue et divinement profonde nuit de sommeil constitue une quelconque indication, alors il est près de midi. Et Dieu sait qu’il est engourdi. Je m’étire douloureusement sous la couette cotonneuse, en tentant de profiter de ce paisible moment avant d’entamer ma journée. Ou devrais-je dire, ma demi-journée.
» La vie se manifeste avec joie. »
Certains culpabiliseraient peut-être de se lever si tard, et donc de manquer la moitié de la journée, mais dans mon cas, lorsque j’ai décidé que je ferais la grasse-matinée, je ne m’attends pas à grand chose d’autre qu’une demi-journée par la suite. Et la grasse-matinée, pour moi, c’est sacré. Une paillette de bonheur dans ma vie. Et donc, si profiter d’une belle nuit reposante et ressourçante me fait louper une matinée, qu’il en soit ainsi. Ne laissons pas la culpabilité ternir nos paillettes.
Je suis sortie de mes rêveries par l’odeur du café, lorsque mon amoureux – levé depuis plusieurs heures, bien évidemment – m’en apporte une tasse chaude au lit, accompagnée d’un doux bisou. La première gorgée du précieux breuvage agrémenté de mousse de lait touche mes lèvres, et je m’imprègne de ses arômes parfaitement équilibrés dans un soupir de satisfaction. Un petit frisson me parcourt lorsque ma langue entre en contact avec les quelques cristaux de sucre. Une paillette de plus.
« Ne laissons pas la culpabilité ternir nos paillettes. »
Après quelques gorgées de ce doux élixir, je m’empare de mon livre de chevet, et en retire mon marque-page préféré, aux délicats motifs colorés. Je prends le temps de me replonger dans l’ambiance du roman, et de me remémorer le point de l’histoire où je me suis arrêtée puis, café en main, je plonge dans l’œuvre avec ferveur. Je tourne les pages tranquillement, mais à un rythme soutenu et régulier. J’aime me perdre dans un récit, me laisser transporter dans les chaussures de quelqu’un d’autre, voir le monde à travers ses yeux, et m’imaginer ressentir ses émotions. Les descriptions que les auteurs font des éléments et personnes qui les entourent sont le plus souvent extrêmement bien réalisées et me poussent à développer toujours plus ma faculté d’observation dans mon quotidien. C’est une forme de voyage particulièrement enrichissante, qui apaise l’esprit et touche l’âme. Une paillette entre mes mains.
« J’aime me perdre dans un récit, me laisser transporter dans les chaussures de quelqu’un d’autre, voir le monde à travers ses yeux, et m’imaginer ressentir ses émotions. »
Quelques chapitres plus tard, je me force à reposer le livre, et entreprend de me lever. Je repousse les draps au bout du lit, et ouvre la fenêtre ainsi que le store qui la recouvre, afin de faire entrer la lumière et aérer la pièce. Ces petits gestes simples, que je considérais autrefois comme des corvées, sont aujourd’hui devenus des réflexes indispensables pour débuter ma journée de façon saine. Une manière d’ordonner mon esprit, et de commencer à me mettre en mouvement. Une petite paillette supplémentaire, dès le saut du lit.
Dans la salle de bain, je prends le temps de me laver le visage à l’eau froide, puis je mélange ma crème légère à la rose et mon huile équilibrante dans la paume de ma main, et les étale doucement sur mon visage. Encore un geste simple, banal même, mais qui participe à mon bien-être au quotidien. Ces deux produits sont les seuls que j’achète pour mon visage. Ils sont bios, sans beaucoup d’ingrédients, et donc, dans notre société malade, coûtent plus cher que des produits chimiques aux dizaines de molécules toxiques, mais l’achat vaut le coup. J’ai fait le choix de la qualité sur la quantité, et ma peau n’a jamais été aussi belle. Encore une histoire de paillettes.
« Ces petits gestes simples, que je considérais autrefois comme des corvées, sont aujourd’hui devenus des réflexes indispensables pour débuter ma journée de façon saine. »
Puis j’arrive dans la cuisine et prends le temps de regarder la vue à travers la fenêtre. Les toits de Paris luisent sous les puissants rayons de soleil du milieu de journée. Au loin, on discerne les grands immeubles de La Défense, et, si on se penche un peu sur la droite, on aperçoit le haut du dôme des Invalides. Mais la plus somptueuse vision est celle de la Tour Eiffel, qui se dresse fièrement dans le ciel d’azur depuis plus d’un siècle. Cela fait maintenant plus de deux ans que j’habite dans cet appartement, et je ne me lasse jamais d’observer notre grande dame de fer depuis mon cocon. J’aime particulièrement la regarder scintiller le soir venu. Cela me rappelle mes soirées parisiennes avec mes parents, lorsque j’étais petite. Je gardais alors mes yeux rivés sur ma montre, par peur d’oublier de lever les yeux pour observer son spectacle lumineux à chaque heure ronde. Ainsi, quand aujourd’hui je la regarde depuis ma fenêtre, je redeviens cette petite fille fascinée par ces paillettes lumineuses, chaque heure apportant son lot de paillettes. Pour l’heure néanmoins, elle ne brille pas, préférant se laisser admirer dans son plus simple appareil de métaux foncés.
Je me détourne et entreprends de remplir un petit contenant d’eau pour arroser ma plante qui trône nonchalamment devant ma fenêtre. Le contenant, un petit pot en verre rose agrémenté de détails fleuris, appartenait à ma grand-mère décédée récemment, et ma plante est une bouture offerte par une de mes cousines chère à mon cœur lors demain dernière visite chez elle, dans le Pas-de-Calais. Ainsi, par ce petit rituel d’arrosage matinal, j’entretiens une pensée pour deux êtres aimés, ce qui enrichit mon cœur d’une paillette de bonheur supplémentaire.
« Ainsi, quand aujourd’hui je la regarde depuis ma fenêtre, je redeviens cette petite fille fascinée par ces paillettes lumineuses, chaque heure apportant son lot de paillettes. »
À ce stade, vous vous demandez peut-être quel est le but de cette chronique, et pourquoi je m’évertue à babiller sur des prétendues « paillettes de bonheur ». Tout simplement car je repensais récemment au sketch d’Inès Deg dans lequel elle demande avec ferveur et agacement à son conjoint quand est-ce qu’il compte mettre des paillettes dans sa vie. Et je me suis alors rappelée que ce n’est pas seulement aux autres de mettre des paillettes dans nos vies. La plupart des paillettes sont déjà présentes, éparpillées dans notre quotidien. Et mon constat c’est que j’aime me concentrer sur les paillettes de ma vie et les saisir au vol. Cela rend ma vie plus belle, plus légère, et me rend infiniment plus reconnaissante à son égard.
« Ainsi, par ce petit rituel d’arrosage matinal, j’entretiens une pensée pour deux êtres aimés, ce qui enrichit mon cœur d’une paillette de bonheur supplémentaire. »
Alors je me suis dit que peut-être, simplement peut-être, quelqu’un d’autre avait besoin de se rappeler de regarder les paillettes qui jonchent déjà leur vie, et s laisser réchauffer le cœur par leur scintillement. Parce qu’on ne va pas se mentir, il y a des jours, trouver de la gratitude pour notre vie, dans une société qui nous pousse à la déprime et au repli sur soi, qui joue sur nos peurs et nos complexes pour nous manipuler, et qui s’écroule à petit feu aux mains d’incapables égoïstes, « c’est pas de la tarte ». Mais oui sommes ensemble dans tout cela.
Je vous souhaite donc de trouver vos paillettes. Et de les laisser vous éblouir…
B x


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