Après l’impressionnant ours polaire et les majestueux félins, partez à la rencontre des malicieux renards roux du zoo de Saint-Félicien, situé dans le nord du Québec.
L’enclos des renards est situé dans une autre section du parc. Beaucoup plus petit, peu impressionnant, il est encadré par le sentier pédestre de toutes parts. La sensation de captivité, d’enfermement est ici plus prenante. Impossible de faire fit de la barrière qui nous sépare des animaux et qui sépare ces derniers du monde sauvage.
Le parc est toujours aussi silencieux et vide. Aucun autre visiteur ne vient déranger la quiétude du lieu, et la tranquillité de ses occupants. Dans cet enclos réduit, dépourvu de cachettes, les animaux ne sont pas difficiles à repérer. Deux renards se partagent l’espace. Lorsque l’on se présente devant l’enclos, l’un d’eux est assis sous un bouquet de troncs d’arbres, et observe son environnement tranquillement. Très calme, il ne semble pas dérangé par notre présence. Le mouvement de ses oreilles et le glissement de son regard sur le nôtre l’espace d’un instant nous indiquent qu’il a pris en compte notre présence dans son environnement, mais il n’adapte pas son comportement en conséquence.
« La sensation de captivité, d’enfermement est ici plus prenante. »
Lorsqu’il ferme les yeux, il semble sourire, de ce sourire furtif et sournois qui caractérise cette espèce. Paisible, il nous plonge dans une atmosphère de sérénité. Je ressens un sentiment d’acceptation, comme s’il nous avait tacitement laissé entrer dans le monde sauvage l’espace d’un instant, nous permettant d’entrevoir le monde animal sous un oeil différent, celui que nous aurions toujours si nous ne nous en étions pas extirpés il y a quelques centaines de milliers d’années. Durant ce moment de grâce, on se sent inclus, acceptés dans un univers où nos problématiques humaines apparaissent comme dérisoires. Pire, elles semblent ridicules et indécentes. L’importance qu’on leur porte habituellement semble disproportionnée, inutile, face aux défis auxquels ces animaux sont normalement confrontés dans la nature.
« Lorsqu’il ferme les yeux, il semble sourire, de ce sourire furtif et sournois qui caractérise cette espèce. »
Par ailleurs, se sentir accepté dans la grande famille du vivant s’accompagne d’un rappel, inévitable, celui que nous ne sommes plus réellement intégrés à cette famille. C’est en quelque sorte le revers de la médaille, si tant est que nous puissions réellement nous considérer du côté brillant de celle-ci. Ce rappel apporte avec lui celui de notre profonde solitude sur Terre. Bien sûr nous demeurons interconnectés avec le reste du vivant, que nous le voulions ou non, mais les animaux savent aussi bien que nous que nous n’en faisons plus réellement partie. Assis face à nous, le regard malin, ce renard nous le rappelle douloureusement.
L’autre renard est beaucoup plus peureux. Il se déplace furtivement, cherchant une réassurance de sécurité dans l’attitude de son congénère, et reste toujours quelques mètres derrière lui, caché tantôt derrière un arbre tantôt derrière un rocher. Il semble jouer à « 1,2,3 Soleil » avec nous, se déplaçant lorsque notre attention se détourne de lui.
« Par ailleurs, se sentir accepté dans la grande famille du vivant s’accompagne d’un rappel, inévitable, celui que nous ne sommes plus réellement intégrés à cette famille. »
À l’étude de leurs comportements respectifs, je fais l’hypothèse que nous avons affaire à un mâle et une femelle. Le mâle, assis sous les arbres, confiant et détendu, est en possession de son territoire et ne se sent aucunement menacé dans sa position par notre présence. Il ne nous considère pas comme une menace, ni une compétition. La femelle, en revanche, est nerveuse. Mais aussi beaucoup plus curieuse. Alors que le mâle poursuit sa journée sans se soucier de nous, la femelle ne nous quitte pas des yeux, sauf pour évaluer l’état d’esprit de son compagnon.
Au bout d’un moment, le mâle se lève et vient se positionner dans le rai de lumière créé par le soleil au milieu de l’enclos. Il s’assoit alors dos à nous, son long museau noir face au soleil, et sa queue rousse se terminant par du blanc enroulée autour de son petit corps chétif. Son épaisse fourrure rousse reflète doucement le soleil dans un éclat doré sur son flanc gauche, le reste de son corps étant plongé dans l’ombre. Le spectacle offert par ce corps sombre dans un décor de lumière dorée est à couper le souffle.
« Son épaisse fourrure rousse reflète doucement le soleil dans un éclat doré sur son flanc gauche, le reste de son corps étant plongé dans l’ombre. »
Nous décidons d’entamer le tour de l’enclos afin de pouvoir l’observer de face. Dès lors que nous nous mettons en mouvement, la femelle, en arrière plan, fait de même, de façon à garder une distance égale à la précédente vis-à-vis de nous. Elle se positionne derrière un bosquet d’arbres, au milieu des troncs. Le corps positionné pile dans l’ouverture naturellement créée par les troncs afin de pouvoir continuer à nous observer, elle est magnifique. Son alignement géométrique donne des allures de perfection mise à scène à ce moment. J’en profite pour capturer une photo d’elle, me fixant intensément depuis l’autre bout de l’enclos.
« Le corps positionné pile dans l’ouverture naturellement créée par les troncs afin de pouvoir continuer à nous observer, elle est magnifique. »
Nous continuons notre tour, et venons nous positionner face au mâle, ce qui pousse la femelle à changer de position une nouvelle fois. Le mâle, nous voyant arriver, se lève, et, semblant curieux, s’approche doucement de nous. Il s’arrête à une distance raisonnable, assez éloignée pour qu’il se sente encore en sécurité, mais miraculeusement assez prêt pour que nous puissions l’observer en détails. Ses fines pattes noires, comme des chaussettes, s’enfoncent un petit peu dans la neige, et sa longue queue touffue rousse et blanche traîne derrière lui en frôlant la neige. Son corps fin est recouvert d’un épais manteau de poils roux sur le dos et blancs sur le ventre et l’intérieur des pattes. Son visage fin, terminé par un délicat museau et de longues vibrisses noires, est animé par deux yeux en amande qui brillent d’intelligence. Ses oreilles pointues, rousses et noires, sont légèrement repliées vers l’arrière, nous avertissant de sa méfiance. Son attitude à mi-chemin entre la curiosité et la méfiance, associée à son intelligence flagrante, rappellent beaucoup celle d’un chien. Il est tout bonnement attendrissant. Une fois son observation terminée, il se détourne et va s’assoir plus loin, le dos au soleil et aux visiteurs, sans perdre ni de sa superbe ni de son calme.
Ainsi, le renard n’est pas imposant, et pas non plus dangereux, mais il se dégage de lui une élégance et une intelligence qui le rendent profondément majestueux.
B x


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