Chroniques japonaises – épisode 1 : Bienvenue au pays du soleil levant

Premier épisode de mes chroniques japonaises, et premières impressions sur ce pays si énigmatique, fabuleux et trépidant.

AF0292 Paris – Osaka. 12h de vol. À 8h50 du matin heure locale, les portes de l’avion s’ouvrent, les passagers débarquent. Premiers pas sur la passerelle. Tant qu’on était dans l’avion, on était encore un peu en France. Une fois dans la passerelle, on devient des touristes. Bienvenue au Japon. 

La passerelle est un endroit tout particulier, qui tient la fonction singulière de fenêtre d’aperçu sur le monde. C’est au travers des vitres de passerelles que nous découvrons de lointains pays. Ce premier regard, pourtant toujours porté sur l’environnement supposément banal du tarmac de l’aéroport, ne manque jamais de révéler de merveilleux indices sur la mystérieuse destination finalement atteinte. On sort la tête des nuages, on émerge de notre bulle de coton, et dans le soleil du matin, on découvre un nouveau monde. 

« La passerelle est un endroit particulier, qui tient la fonction singulière de fenêtre d’aperçu sur le monde. »

Sur le tarmac, de petites voitures de marque japonaise, dont la forme et la taille nous sont inconnues en Occident, circulent à vive allure, se croisant dans un ballet organisé et, depuis notre position isolée, silencieux. Quelques agents d’aéroports discutent près de l’avion, d’autres s’affairent au niveau des soutes à bagages. Première vision des japonais. Sur les murs des bâtiments de l’aéroport, on peut observer des écritures japonaises. Incompréhensibles, mais magnifiques. Ici l’écriture, c’est un art. 

Dans ce nouvel environnement, on cherche à capter la température extérieure, on respire à pleins poumons pour s’imprégner des effluves du lieu, l’oreille aux aguets de sons nouveaux. Autant d’informations qui seront précieusement enregistrées pour s’associer aux images dans notre fil de souvenirs. Quel cadeau parfois, les souvenirs. 

Le flot de passagers avance d’un pas régulier vers les services de police aux frontières. En fil indienne, tranquillement, du côté droit du couloir, en suivant le marquage au sol. Celui-ci est fait pour permettre une circulation fluide dans les deux sens, de sorte que les passagers puissent se croiser sans gêne. Exactement comme dans le métro parisien lors de la pandémie de Covid-19. Sauf qu’ici, les gens respectent. Du calme, de l’ordre, du respect, voilà ce qui caractérise les japonais. Mais chaque découverte en son temps. Pour le moment, il faut trouver sa voie vers la sortie de l’aéroport. 

« Du calme, de l’ordre, du respect, voilà ce qui caractérise les japonais. »

Le contrôle des documents d’identité est rapide. Les japonais sont organisés, suivant une routine pré-établie et pratiquement infaillible. Le protocole est bien rôdé, il n’y a aucune erreur. Le personnel de l’aéroport est cordial, respectueux et souriant. Je me demande souvent si les agents aéroportuaires sont conscients de leur rôle d’interface entre deux mondes. D’une certaine manière, ils représentent leur pays, car ils sont les premiers visages que l’on croise lorsque l’on arrive chez eux. Pour eux, cette journée n’est qu’une banale journée de travail en plus. Mais pour les passagers, le plus souvent, ce jour marque la découverte d’un nouveau pays, d’une nouvelle culture, et dans ces premiers instants cruciaux, les premières impressions sont marquantes. Ainsi, à cet instant, le Japon, ce sont ces agents. Lourde responsabilité. 

On récupère nos bagages, puis vient le moment d’échanger de l’argent. Un agent nous aide gentiment à remplir le formulaire, puis un autre procède à l’échange, suivant un protocole strict jalonné de signes de la main qui ponctuent l’accomplissement de ses différentes étapes. Typiquement japonais. L’échange est rapide et facile, et de ce fait, ne nous prépare pas au challenge qui nous attend en milieu de séjour. On récupère nos billets et on prend le temps de les observer un peu. On se demande qui sont les personnes représentées sur les différents billets, et ce qu’elles incarnent pour le peuple japonais.

Dernière étape avant de sortir, récupérer la carte SIM permettant de bénéficier d’internet sur le territoire nippon. Chose étonnante, il n’est pas possible de se procurer un forfait internet pour le Japon auprès des opérateurs français, comme c’est le cas pour la plupart des autres pays d’Asie. Premier indice d’un mode de vie à part, hérité d’une longue période d’autarcie du Japon. Et encore aujourd’hui, malgré la mondialisation galopante dont ils sont eux-mêmes devenus moteurs, les japonais restent très attachés à leur valeur nationale, et donc leurs produits et infrastructures.  Dans un monde toujours plus uniformisé, le Japon résiste. La sensation est rafraichissante. 

« Dans un monde toujours plus uniformisé, le Japon résiste. »

Finalement, on pose le pied dehors. L’air est déjà relativement chaud en ce matin de septembre, et le soleil brille puissamment dans le ciel bleu. Valises en main, on se dirige vers la gare. Le hall est animé d’une énergie bouillonnante et empressée, mais également très fluide. Les gens se croisent gracieusement, sans entrechoques et avec discrétion. 

On s’approche du mur sur lequel sont répertoriées toutes les lignes de métro et de train faisant arrêt dans cette gare, mais tout est écrit en japonais, et l’on peine à repérer notre destination sur cette carte. Heureusement, un guichet prodiguant informations et vente de billets se trouve juste en-dessous, et en moins de 5 minutes, la femme en charge de celui-ci, malgré son anglais hésitant, nous a renseigné, vendu des billets pour notre destination et procuré une carte plus précise pour trouver notre chemin par la suite. Son énergie serviable et enjouée est contagieuse, et nous ne lui tournons le dos qu’après de nombreux remerciements prononcés dans un japonais balbutiant. 

Grâce à ces précieuses directives, nous trouvons notre train sans difficultés, et bientôt, nous voilà assis dans une rame quasiment déserte et entièrement silencieuse. Je retire ma carte SIM française de mon téléphone, insère la japonaise à la place et compose le code. Le train démarre, direction Osaka. Le soleil matinal illumine nos visages de son halo doré. Bienvenue au pays du soleil levant. 

B x

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