Premier arrêt de la visite guidée du zoo sauvage de Saint-Félicien, dans le nord du Québec : rencontre avec l’ours polaire.
Lorsque l’on pénètre dans le parc, la première confrontation est celle du roi de la banquise, aussi majestueux que mignon, malgré sa terrifiante puissance.
Seul représentant de la toundra arctique en ce lieu, il se prélasse paisiblement dans la neige. La blancheur de celle-ci, si intense qu’elle en devient aveuglante au moindre rayon de soleil, mène au constat que l’ours blanc n’est finalement pas si blanc. Son épaisse fourrure, d’apparence si douce et douillette, est davantage crémeuse que neigeuse. Ainsi, il se distingue légèrement de son environnement, juste assez pour nous permettre de l’observer.
Placés en surplomb de l’animal, on éprouve rapidement une forte gratitude pour les barrières d’acier et d’électricité qui nous séparent de lui, nous maintenant de ce fait en vie.
Non pas que l’ours polaire présenté à nos yeux curieux apparaisse particulièrement menaçant. Au contraire, il ressemble plutôt à un gros nounours au comportement d’un chiot. Cela est certainement en grande partie dû à sa condition actuelle. Encerclé par les limites de son enclos, nourri par les humains, ses instincts de chasse et de survie à l’état naturel se retrouvent projetés au second plan, derrière les tendances au repos et au jeu.
Néanmoins, ses larges pattes trapues équipées de longues griffes foncées nous rappellent explicitement que le nounours n’est pas un doudou, mais plutôt l’un des plus puissants prédateurs terrestres.
« Encerclé par les limites de son enclos, nourri par les humains, ses instincts de chasse et de survie à l’état naturel se retrouvent projetés au second plan, derrière les tendances au repos et au jeu. »
Penchée au-dessus de la barrière, en train d’observer l’un d’eux, roulé en boule autour d’une grosse boule de glace, les souvenirs de mes cours de biologie de licence me reviennent timidement en mémoire. Je revois mon professeur debout devant le tableau blanc, nous expliquant soigneusement en quoi l’ours polaire est redoutable. L’explication de cette puissance tient dans l’immense quantité d’énergie disponible pour l’animal, qui lui permet, malgré sa taille et son poids considérables, de dominer ses proies, y compris l’homme si le besoin se fait sentir, sur terre comme dans l’eau. Inarrêtable, en somme.
Mais ici, réduit à un territoire minuscule, nourri quotidiennement de chair non chassée, et habitué au regard et à la présence de l’homme au point que celle-ci lui en est devenu indifférente, il paraîtrait presque…petit, sa grandeur semblant comme diminuée. Néanmoins, je ressens l’instinct au plus profond de mes cellules, comme un avertissement : si jamais l’idée venait à un soigneur d’ouvrir la barrière nous séparant, ce sentiment s’effacerait de suite au profit d’une profonde terreur mêlée d’adrénaline. Et pourtant, sûrement toujours d’émerveillement.
Difficile en effet de ne pas s’émerveiller face à cet être si original, si singulier, qui pousse à se demander comment la nature peut avoir créé un être si incroyable.
Puis, le sentiment d’admiration laisse place à l’humour lorsque l’animal commence à se rouler dans la neige, et à adopter le comportement d’un chiot. L’espace d’un instant, on oublie que l’être en face de nous est un animal sauvage, et l’on se surprend à gazouiller tendrement devant les cabrioles de cette adorable peluche animée, qui semble ignorante de notre présence captivée.
Dans le décor de neige immaculée et de sapins par dizaines, l’ours ne détonne pas, contrairement aux zoos européens. Ici, il ne semble pas totalement décalé et hors contexte. Cela nous permet de nous imaginer dans son environnement, effaçant d’un coup de baguette magique barrières et pancartes.
Au-delà du spectacle, on peut alors s’imprégner de la vérité de l’animal. Il n’est ici plus exposé, il prend pleinement vie, et nous subjugue par sa force tranquille et son regard doux. Ses grosses paluches se déposent délicatement sur la neige, lui permettant, malgré son imposante stature, de se déplacer discrètement, avec une élégance toute singulière et surprenante.
« Il n’est plus ici exposé, il prend pleinement vie, et nous subjugue par sa force tranquille et son regard doux. »
Impossible alors pour nous de se faire discrets. Car s’il est bien une chose que l’homme n’a pas su apprendre au cours des siècles, preuve en est de la nécessaire existence de ce parc, c’est bien de se faire discret.
B x


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