Le zoo sauvage de Saint-Félicien : le puma

Puma, cougar ou lion des montagnes ? Au-delà du nom, un félin magnétique, face à des yeux qui pétillent...

La visite se poursuit au coeur du parc, autour d’un grand enclos au sein duquel nous sommes censés pouvoir apercevoir des grizzlis, ainsi que des lynx roux et des lynx du Canada. Nous commençons à contourner l’enclos en suivant le chemin pédestre, tranquillement, en essayant de faire le moins de bruit possible afin d’éviter d’effrayer les animaux. Concentrés sur l’enclos central, nous ne prenons tout d’abord pas le temps d’observer le paysage environnant. Je finis par tourner distraitement la tête sur ma droite. 

Au départ, je ne constate que la présence d’arbres dénudés délimitant la piste pédestre. Enneigés, ils nous enveloppent dans un cocon de silence grisant. Puis, je me fige lorsque j’aperçois, au coeur de cet enchevêtrement végétal, deux yeux qui me fixent nonchalamment. Je chuchote « Regarde, à ta droite, regarde ! » à mon compagnon, tout en gardant les yeux rivés à ce regard envoûtant. 

Face à moi se tient un gros puma, tranquillement assis sur un rocher enneigé. L’espace d’un instant, j’oublie que je suis dans un zoo, et mon coeur manque un battement lorsque mon cerveau calcule la distance nous séparant et se rappelle la puissance d’un puma. Puis, ma raison reprend le dessus, et je cherche un élément confirmant que ce puma est contenu dans un enclos. Cela pourrait paraître facile, mais la particularité de ce parc est qu’il tente de faire oublier au visiteur la frontière qui le sépare de l’animal sauvage. Je mets donc quelques secondes à distinguer, au milieu du branchage dense, le grillage qui nous sépare. 

« Face à moi se tient un gros puma, tranquillement assis sur un rocher enneigé. »

Rassurée, je prends alors le temps de l’observer attentivement. Hypnotisée par cette présence sauvage, j’examine chaque détail de son apparence et de son environnement, pour tenter d’imprimer ce souvenir dans ma mémoire. 

Assis face à nous, il observe son environnement depuis son piédestal rocheux. Ainsi, la ressemblance avec ma petite chatte Pistache, disparue l’année dernière, est frappante. Ses courtes oreilles rondes sont à l’affût du moindre bruit, dans ce silence épais. Son pelage gris-fauve tirant sur le roux est entrecoupé d’une large bande blanche au niveau du thorax et du cou, là où l’on aurait envie de lui administrer des caresses pour entendre son doux ronron. 

Son large museau surplombant son imposante mâchoire carrée ne laisse toutefois pas de doute quant à la position de l’animal dans la chaîne alimentaire. Ainsi, si le régime alimentaire de ma Pistache s’étendait du mulot au lapin en passant par les passereaux, ce chat-là est définitivement en mesure de s’attaquer à des ongulés et des mammifères imposants. Il est en effet capable d’attaquer des proies pesant jusqu’à 500 kilos, à l’instar du wapiti. Soudain, il se met à bailler, ouvrant grand sa gueule et révélant ainsi de grandes canines et une mâchoire puissante. La théorie confirmée par l’observation. 

« Son large museau surplombant son imposante mâchoire carrée ne laisse toutefois pas de doute quant à la position de l’animal dans la chaîne alimentaire. »

La lumière du Soleil d’hiver vient réchauffer et illuminer sa robe, le parant d’une aura féérique. Sylvain Tesson définit la fée, dans son ouvrage Avec les fées, comme « une qualité du réel révélée par une disposition du regard ». Selon lui, « il y a une façon d’attraper le monde et d’y déceler le miracle ». Je décide de m’inspirer du poète et de prendre le temps d’apprécier le miracle qui s’offre à mes yeux. 

Puis tranquillement, nous continuons notre chemin sur le sentier enneigé. Quelques pas plus loin, sur notre droite, en contrebas, s’ouvre une clairière en pente, sur laquelle sont éparpillés quelques rochers et des arbres enneigés. Le décor me rappelle ma forêt de Fontainebleau, dans laquelle j’ai passé mon enfance à crapahuter dans les rochers de grès. Toutefois, dans ma forêt, il n’y a pas de pumas. Or, lorsque je m’arrête face à cette clairière et que j’observe le paysage avec intérêt, je distingue un puma. Puis deux, puis trois. Étalées sur le flan sur des rochers plats, deux femelles, reconnaissables à leur carrure plus frêle, se prélassent au soleil, tandis qu’un troisième, un mâle, se balade tranquillement devant elles. Sur ma gauche, en haut de la clairière, apparaît de derrière un sapin un grand mâle trapu, qui s’arrête un instant pour nous observer avant de continuer son chemin à l’ouest. Je me demande alors quelle distance peut bien couvrir cet enclos, et quels trésors faunistiques il renferme encore, invisibles à mes yeux. 

« Le décor me rappelle ma forêt de Fontainebleau, dans laquelle j’ai passé mon enfance à crapahuter dans les rochers de grès. »

Subjuguée par tant de beauté et reconnaissante pour la chance qu’il m’est donné de les observer ainsi, je suis des yeux le mâle dans sa balade en bas de l’enclos, quand je le vois. Perché dans un arbre, debout sur une branche bien trop frêle à mon goût pour soutenir son squelette, un quatrième puma observe la scène avec intérêt. Je découvre alors avec stupéfaction que les pumas sont d’agiles grimpeurs, capables de se réfugier dans les arbres pour fuir des prédateurs tels que le loup. Mais apparement parfois aussi seulement pour profiter d’un point de vue insolite sur les évènements du jour. 

Le tableau mis en scène sous nos yeux, dans lequel chaque muse joue son rôle de manière divine, pousse à la contemplation. Difficile de détacher les yeux d’un paysage de conte de fées dans lequel évoluent des créatures elles-mêmes suspendues à la limite du réel. 

« Le tableau mis en scène sous nos yeux, dans lequel chaque muse joue son rôle de manière divine, pousse à la contemplation. »

Dans le Petit Dictionnaire illustré du Muséum National d’Histoire Naturelle consacré aux félins, son directeur rend un élégant hommage à ce groupe fascinant. Selon lui, « les félins, c’est une esthétique où la sveltesse, la souplesse se marient à la puissance ; l’alliance entre la griffe et le coussinet » et  va plus loin en affirmant que « les félins, c’est la perfection ». Certains diront que cette affirmation est exagérée. Difficile pourtant de le contredire face à ce spectacle éblouissant. 

B x

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